Les « marine » et économie passée du Cap corse

Chaque village du Cap corse avait sa « marine » qui était un lieu de stockage de matériel et de marchandises. les habitants habitaient sur les hauteurs et ne descendaient à la « marine » que pour commercer et/ou naviguer.

Tollari

Marine de Tollari

Cap Corse et vie maritime au XVIème, XVIIème et XVIIIème…

Voici une rapide synthèse d’une très intéressante conférence de Jean-Christophe Liccia sur ce thème.
Ces faits sont tous établis sur la base de documents précis (contrats, lettres, actes de notaires…) étudiés aux Archives de Gênes.

Le Cap Corse représente à cette époque 70% des bateaux de Corse, et 50% de la navigation en Corse. Les autres 50% sont représentés par les Corses de quelques citadelles génoises (Bunifaziu, Calvi…) mais surtout par les Ligures et les Provençaux.

Les corses, excepté ceux des citadelles génoises, ne sont pas du tout marin. De ce fait, le Cap Corse possède  une large prédominance. Et c’est Brandu, avec son port d’Erbalunga, qui en est le premier.

Les bateaux ne sont pas très grands : de 8 à 15 mètres. Les ports sont rares, et les barques devaient être tirées sur les anses (Purticiolu, Macinaghju, U Barcaghju, Tollari, Centuri, Scalu di Pinu… etc…) Cette taille leur permettait aussi de remonter les fleuves (l’Arno pour Pise, le Tibre pour Rome…) pour apporter les marchandises à ces villes.

Quel commerce faisaient ces bateaux ? En majorité, c’était celui du vin (moût :  le vin ne vieillissait pas sur place) Car le Cap Corse produisait du vin de qualité demandé par les régions de la péninsule italienne (Ligurie, Toscane, Rome : Vatican) et même de Sardaigne.

Par exemple, on produisait 1 500 000 litres de vin rien que dans le Cap Corse… en comparaison, on produit aujourd’hui, pour la Corse entière, 10 millions de litres.

De temps en temps ils apportaient aussi du bois (poutres de châtaignier ou de pin) ainsi que des pierres (verts d’Orezza (smaragdite) en particulier…) À partir du XVIIIème l’on transportait beaucoup le cédrat. Les bateaux repartaient avec des étoffes, du fer, ou encore des fromages sardes…

L’on peut imaginer toutes les terrasses du Cap Corse couvertes de vigne, d’oliviers ou de cédratiers, terrasses qui se voient encore aujourd’hui, de la montagne jusqu’à la mer (bien plus à l’ouest), ou cachées par les chênes verts.  L’on peut imaginer ces “marine” actives (mais inhabitées), avec leurs dépôts remplis de marchandises…

Entrée d' un "magazinu" (magasin) de la marine de Tollari.

Entrée d’ un « magazinu » (magasin) de la marine de Tollari. ,

Ce trafic rapportait beaucoup à Gênes, puisque toutes les marchandises étaient taxées.

Les marins capcorsins vagabondaient dans toute la Méditerranée… Afrique du Nord, îles grecques… Il leur fut aussi demandé d’aller négocier la libération de corses faits esclaves par les Sarrasins…

Ils devaient se prémunir de plusieurs dangers : les tempêtes, la piraterie, les bateaux ennemis (français en particulier, qui combattaient contre Gênes)

Au XIXème la flotte de Brandu a périclité du fait de la concurrence de celle de Bastia. Du coup, quelques habitants de Brando  immigrèrent en Sardaigne : à San Teodoro, en Gallura, il existe une « anse des Brandichi »…

L’on peut mieux comprendre pourquoi tant de capcorsins ont pu partir en Amérique, réussir et faire fortune. Cette nature commerciale faisait qu’ils étaient ouverts, habitués à entendre et à parler plusieurs langues (puisque sur le continent, ils échangeaient aussi avec des marchands allemands, espagnols…), et à affronter la compétition sans peur. Et puis, avec les nouveaux bateaux à vapeur, les capcorsins se sont embarqués, d’autant plus que la première et plus importante compagnie du XIXème siècle fut crée par les frères Valery, qui était de… Pozzu-Brandu !

On peut ajouter à cet historique que les capcorsins ont toujours été des corses à part, du fait de cet esprit voyageur et commerçant. Paysans-marins, ils pratiquaient l’échange alors que la plupart des corses vivait plutôt en autarcie, ils bravaient la mer alors que les autres  corses restaient montagnards, ils multipliaient les contacts au contraire des autres qui s’en protégeaient.

 

 

 

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