Maisons des américains

Maison à Mursiglia

Maison à Mursiglia

Extrait d’un article de Corse Net Infos du 29/9/2014.

« Toutes ces maisons datent du 19e siècle. Mais toutefois le phénomène d’émigration à débuté au 16e siècle. C’est en 1540 exactement que les premiers Cap corsins partent pour les Amériques. Dans le sillage de Christophe Colomb, les Corses qui émigrent sont majoritairement des calvais, mais la source se tarit au début du 17e siècle, alors que l’émigration est continue pour le Cap Corse jusqu’au début du 19e siècle. On retrouve ainsi des traces très anciennes dans le « Nouveau Monde ». En 1557, un habitant de Nonza meurt à Carthagène, en Colombie, en laissant une fortune à sa famille corse. Le premier émigrant à être rentré en Corse est un habitant de Brando, qui revient de Veracruz, au Mexique, et fait construire une immense maison et une chapelle.

Contrairement à ce que l’on peut entendre souvent, ceux qui partaient n’étaient pas toujours pauvres. Bien au contraire, il y avait parmi eux des notables. Parfois ce sont des lignées entières qui s’expatriaient. Ainsi en 1751 un Corse écrit en espagnol, de Lima à son père. Car le père 20 ans plus tôt était parti au Pérou, et le grand-père avait aussi effectué le même voyage en partant de Morsiglia. Parfois c’est une bonne partie d’un village qui émigre ainsi, la fratrie, mais aussi les cousins, les voisins. Cela touche aux histoires des familles, aux liens qu’ils ont tissé les uns avec les autres, aux « recommandations » dont ils peuvent se prévaloir.
L’Amérique est une terre où l’on fait fortune, où il y a beaucoup d’esclaves donc une main d’œuvre bon marché et des opportunités énormes.

Jusqu’au 18e siècle, les Cap corsins émigrent au Mexique, en Bolivie, au Pérou, au Panama, en fonction des richesses des pays, de leur sous-sol.
A la fin du 18e siècle et au 19e siècle, les destinations changent. Il y a des départs pour l’île de Saint-Thomas, l’île de Trinidad, l’île de Porto-Rico, Haïti, le Vénézuéla, les Etats-Unis (Texas, Louisiane, Alabama…)
Au 19e siècle les migrants font fortune dans l’agriculture, avec les plantations de café, d’hévéas… Mais il ne faut pas se voiler la face, il existe aussi la vente d’esclaves. Les corses ont été comme d’autres, à la même époque, des esclavagistes et ce jusqu’au premier tiers du 19ème siècle. Les fortunes se sont faites rapidement, car tout concourait pour permettre cet enrichissement.
Il ne faut pas croire non plus que les émigrés corses étaient partis pour des raisons politiques lorsque la Corse est devenue française. Les pro-paolistes se sont installés en Toscane d’où ils pouvaient rapidement revenir en Corse.
De même, l’émigration n’est pas le fait de problèmes économiques importants car ceux ci arrivent après 1852 (problème de maladies dans les vignes) donc bien après les flots migratoires. C’est la soif d’aventure qui a motivé les émigrants corses.

D’authentiques « Maisons d’Américains » ont été bâties, avec l’argent provenant des fortunes constituées aux Amériques, dans tout le Cap Corse : Morsiglia, Sisco (famille Vivoni, famille Gaspari-Ramelli), Luri (famille Massari), Pino, Centuri (famille Marcantoni)… Ce dernier est d’ailleurs un cas un peu particulier, la famille Marcantoni a fait fortune à Porto Rico. Le Marcantoni qui fera construire la Maison d’Américain de Centuri (Chateau de Stopielle, voir lien ci-dessous) est d’ailleurs né à Porto Rico, il revient en Corse à l’âge de 20 ans, envoyé par son père pour faire ériger sa demeure dans le Cap corse.
Ces Maisons d’Américains sont souvent accompagnées de somptueux jardins, avec des terrasses, des essences exotiques (araucarias), des bassins, des statues, et des communs.
Là encore, pour bâtir et aménager les terrains, on a employé de la main d’œuvre à bas coût, essentiellement des italiens de la région de Lucques.

Ces constructions ont profondément modifié le paysage du Cap Corse, car dans cette partie de l’île jusqu’au 18e siècle les maisons étaient relativement petites, et ce sont d’immenses palais qu’ont fait construire les américains! De plus ces maisons ont souvent introduit les toits de tuiles dans nos villages.
Par la suite, ces constructions donneront des idées à des notables et des bâtisses seront construites dans le style « américain » par des gens qui ne sont jamais allés aux Amériques, mais qui sont capitaines au long cours, notaires, ou négociants ayant fait fortune dans le cédrat. »

Interview de Jean Christophe Liccia, historien, auteur de « Les maisons d’américains » Albiana. (Settimana, supplément à Corse Matin du 10/11/2016.)

  • À quand remonte l’émigration cap corsine en Amérique?
    Elle est très ancienne. Les premières traces de présence d’émigrés corses en Amérique remontent aux années 1540. On en trouve à Potosî en Bolivie, A Zacatecas, au Mexique qui sont des cités minières.
    Et puis bien sûr dans les grands ports comme Carthagène ou Vera Cruz où ils se livrent au commerce. A cette époque les départs se font principalement de Calvi et des ports du Cap Corse. Le phénomène se poursuit aux siècles suivants. Au dix-septième siècle, l’immigration calvaise se tarit progressivement mais les Cap corsins continuent de s’expatrier. Au siècle suivant, la tendance s’amplifie même sous l’effet de la crise économique qui frappe l’île. Cette même crise qui est à l’origine des révolutions de Corse. L’émigration massive du dix-neuvième siècle, n’est donc que la continuation d’un processus historique plus ancien.
  • Pourquoi les « maisons d’Américains » datent-elles presque toutes du dix-neuvième siècle?
    Parce que avant cette date, il était très rare que les émigrés reviennent en Corse. Il y a bien entendu des contre-exemples : le Palazzo Ferdinandi, à Pozzo Brando, qui date de 1724 et constitue sans doute la première« maison d’Américain ». Mais la plupart du temps, les Corses qui avaient fait fortune aux Amériques revenaient plutôt dans les ports d’Espagne ou à Livourne. Ils pouvaient y gérer leurs affaires et profiter de leur fortune dans de meilleurs conditions.
    Tout en échappant à la tutelle génoise qu’ils n’aimaient guère. Au dix-neuvième siècle, les conditions changent Le passage de la Corse sous souveraineté française facilite les retours. Notamment parce qu’il garantit une certaine stabilité politique. C’est là que le cap se hérisse de quelque 150 maisons de maître recensées aujourd’hui.
  • Comment se passe le retour de ces « Américains » au pays ?
    Il faut savoir que seule une petite partie des exilés retourne en Corse. Beaucoup restent en Amérique. Ce qui explique l’importance des ressortissants d’origine insulaire dans ces pays. Notamment à Porto Rico où il y a aujourd’hui plus de
    «Corses» qu’en Corse. D’autre part, tous ne reviennent pas fortunés.
    Loin s’en faut Lorsque c’est le cas, la maison du Cap est souvent un simple lieu de villégiature pour la belle saison. Les «Américains» s’insèrent généralement bien dans la vie du village. D’abord parce que la construction et le fonctionnement de leurs maisons donnent du travail aux villageois. D’autre part parce qu’ils participent souvent au développement de leur région, par
    des activités caritatives ou culturelles.

    Piccioni, l'"américain" richissime de Pinu.

    Piccioni, l’ « américain » richissime de Pinu.

Voir aussi : http://arustaghja.canalblog.com/archives/2007/03/20/4373490.html

Et aussi:  http://www.corsenetinfos.corsica/Centuri-Le-chateau-Stopielle-preempte-par-l-Office-foncier-pour-sauver-ce-joyau-du-Cap-Corse_a25094.html

Ou encore: http://m.france2.fr/emissions/visites-privees/videos/cap_corse_les_palazzi_maisons_americaines_30-01-2017_1471311

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